|
La pratique du commerce équitable semble hériter de deux courants de pensée. Par son aspect « juste » et « éthique », le commerce équitable nous ramène à des temps lointains... Troisième siècle avant JC, en Macédoine. En ces temps, Aristote semble concevoir "une nouvelle version du lien social", "celui qui se forme dans l'interdépendance des besoins et qui ne devient proprement politique qu'à le soumettre à la norme du juste". Ainsi Aristote pense que le commerce ne peut être acceptable que s'il vise à procurer, à la famille et à la communauté en général, les richesses nécessaires et suffisantes à la vie ("la limite de l'indépendance économique").Dans ce contexte, il pense que la fixation d'un "prix juste" relève de l'égalité entre citoyens et entre hommes et que sans cette équité, le commerce ne peut être conçu comme une activité sociale, voire naturelle.
A ce stade, il définit la notion de "libéralité" par la générosité de celui qui "rend service à autrui" (éthique à Nicomaque). Aristote pense que cette notion est primordiale pour fixer un prix juste et équitable ; dans la mesure où la libéralité rejette la recherche exclusive d'enrichissement personnel, il est là question d'un désintéressement mesuré, d'une "disposition qui consiste à donner selon ses moyens". Ainsi, celui qui n'est pas mû par le seul intérêt personnel, est capable de fixer un "prix juste " et de réaliser un échange équitable où chacune des deux parties est gagnante.
D'autre part, à travers le dénigrement de certaines règles régissant le libre échange, le commerce équitable puise ses racines dans les doctrines de l'économie solidaire qui a inspiré à la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle, les socialistes utopistes tels que Owen et Blanc ; ainsi que les partisans du christianisme social tel que Melun.
Ces derniers espèrent corriger les défaillances de l'économie libérale - qui ne répond pas efficacement aux besoins de tous -, par l'instauration "d'un monde plus juste" et par l'émergence d'une "contre-société " socialiste, humaniste et altruiste, au sein même du système capitaliste qu'elle supplanterait.C'est alors que "Les Équitables Pionniers de Rochdale" créent la première coopérative en 1844. Ce second héritage inspire non seulement les idéaux éthiques et humanistes représentant l'essence de la pratique du commerce équitable, mais il représente aussi les premières initiatives à l'origine du commerce équitable tel que nous le connaissons aujourd'hui.
Que ce soit dans la pensée d'Aristote ou dans les idéaux socialistes du 18ème siècle, nous retrouvons les mêmes valeurs fondatrices qui semblent justifier l'existence du commerce équitable ; à savoir la générosité, l'humanisme, le don, la justice et l'acceptation du droit à la dignité à tout un chacun.
Pour en savoir plus:
P. Cary (2005), Le commerce équitable : Quelles théories, pour quelles pratiques?
S. Latouche (2000), De l'éthique sur l'étiquette au juste prix, Aristote, les SEL et le commerce équitable
|